Rawicz, Piotr

Fils d'un avocat juif et cadet de trois enfants, Piotr Rawicz est né le 12 juillet 1919 à Lviv, en Ukraine. Il étudie le droit et les langues orientales à l'université de Lviv, où il fera la connaissance de sa future épouse, Anna. Après l'invasion allemande en 1941, il s'enfuit vers la ville polonaise de Zakopane, où il est arrêté. Malgré les tortures de la Gestapo, il réussit à cacher son identité juive, ce qui lui permettra d'être classé comme « prisonnier politique ukrainien » lors de sa déportation. Après deux ans à Auschwitz, il est transféré en 1944 au camp de Leitmeritz, près de Terezin, d'où il sera libéré en mai 1945. Après la guerre, Rawicz s'installe en Pologne où il travaille comme journaliste et écrit des poèmes. Il se marie avec Anna, et tous deux émigrent en France en 1947. Grâce à une bourse, il reprend ses études à la Sorbonne. Entre 1949 et 1953 il est correspondant à l'étranger de plusieurs journaux, mais dans les années 50 il est obligé de vivre de petits travaux. Ses conditions de vie s'améliorent en 1961 avec la publication de Le sang du ciel, son seul roman, qui connaîtra un succès immédiat en France et en Israël, puis en Angleterre et aux États-Unis. En 1962 il reçoit le Prix Rivarol. Rawicz écrira également des articles pour le journal Le Monde. Après la mort de sa femme en 1982 il se suicide, à l'âge de 63 ans.

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Le sang du ciel a révélé un écrivain doté d'un talent extraordinaire. Bien que le roman contienne beaucoup d'éléments autobiographiques, ce n'est pas un véritable témoignage. Comme le souligne Rawicz dans sa postface, Le sang du ciel ne veut pas être une chronique historique mais cherche à dire (comme l'écrira plus tard Anthony Rudolph, éditeur de la traduction anglaise publié en 2004 chez Elliott & Thompson) « quelque chose de vrai sur l'insupportable ». Après la découverte d'un manuscrit autobiographique d'un dénommé Boris D., le narrateur du roman raconte l'histoire de cet homme à un auditeur indéfini dans un café du Paris de l'après-guerre. La trame du récit est le périple d'un juif qui réussit à échapper plusieurs fois aux nazis, témoin de la violence et de la terreur des camps mais qui réussira à survivre. Bien que le livre soit centré sur la terreur nazie et les tentatives de Boris pour échapper à l'arrestation et à la déportation, Auschwitz agit, selon Rudolph, comme une sorte d'« horizon des événements », comme une menace omniprésente mais qui n'est pas explicitement représentée. La tension du récit est créée par l'interaction entre ce qui est dit et ce qui est passé sous silence. Considéré comme le premier roman de la Shoah en langue française, Le sang du ciel a été traduit en plusieurs langues. Piotr Rawicz continuera à écrire, mais Le sang du ciel restera son seul roman.



Judith Moser-Kroiss